Les enseignants d’éducation physique (et sportive) face aux évaluations nationales des aptitudes physiques : résister humblement en milieu hostile !
- François HOCHEPIED-

- il y a 11 heures
- 5 min de lecture

Réalisée en septembre 2025 dans près d’un tiers des collèges publics et privés, sous contrat d’association avec l’État, l’évaluation nationale des aptitudes physiques, récemment révélée par le
ministère de l’Éducation nationale a mis en lumière des carences très préoccupantes.
« Ma » tribu des « profs de gym », pardon des professeurs agrégés d'éducation physique et sportive, est, cette fois-ci, sur la ligne de front.
Tant d’années passées à vouloir se justifier dans les cursus scolaires secondaires, quitte à se parer, parfois jusqu'à l'absurde, des caractéristiques d'un enseignement secondaire traditionnel,
pour finir dans les mêmes ornières. Quelle cruelle désillusion !
L'observation concomitante d'un déplacement de la Culture générale vers les profondeurs abyssales ne redonne pas forcément le moral aux membres de la tribu, sachant selon l'adage : « qu'il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade » ! Mais faire partie de la longue liste des morts au combat sur le monument du village après tant de sacrifices et de faits d'armes héroïques a quelque chose d’humiliant.
Certes, les bonnes âmes corporatistes et, pour certaines, pleines de légitimes et bonnes volontés, évoqueront la fiabilité du thermomètre, la pénurie de main d’œuvre, la médiocrité des installations, la responsabilité des familles, les horaires, l'absurdité des programmes, les fantasmes de l'Inspection, la formation des cadres, l’organisation du temps scolaire, les réseaux sociaux, j’en passe et des meilleures.
Tout ceci est vrai mais la recherche de causalités externes n’entrave jamais la prégnance du Réel, surtout étalé à la face des consommateurs d'Écoles que sont devenues les familles françaises.
Face à ce constat, comme d’habitude, la classe politique aux affaires, voire celles qui veulent y accéder, une fois l'effroi d'estrade formaté, bien sûr, par les communicants et le rappel des quelques dispositifs mis en œuvre ces dernières années, dont l'ensemble forme une nébuleuse assez éclectique autour d'un banal but commun : « saupoudrez-moi tout ce petit monde de sports un peu partout dès que c'est possible... mais, à moindre coût, bien évidemment ! », retourne aux gesticulations électorales et aux magouilles d'appareils.
Le primaire continuera donc d'essayer désespérément de chaparder des heures variables pour intégrer du « sport fédéral » plus moins bien adapté et plus ou moins bien animé, le tout entouré, bien sûr, des valeurs éducatives de l'olympisme, ...retombées de Paris2024 obligent.
Le secondaire gèrera la pénurie des heures (2H/semaine au Lycée !) et tentera de s'imposer non pas par fierté des corps en mouvement mais par un désir d'isomorphisme intellectuel de plus en plus désopilant au quotidien.
Certes, après plus de 40 ans de services dans différents lieux d'observation de la réalité des pratiques corporelles scolaires (de la GS Maternelle aux estrades prétentieuses des préparations aux concours et des Colloques Universitaires, en passant par les collèges et les lycées), je ne suis absolument pas surpris par l'effroi sur et mal joué et par le silence qui suit.
Déjà, à la fin des années 70, fraîchement diplômé de l'UER-EPS et, forcément bardé de naïves certitudes personnelles, j'étais abasourdi par la faiblesse des prestations des adolescents (tes) qui m'étaient confiés.
Il faut aussi admettre, qu'en ces temps-là, le niveau de pratique physique personnelle avait encore un Sens, tant dans les cursus universitaires ad hoc que dans les concours de recrutement ! L'effet contraste jouait alors pleinement son (mauvais ?) rôle.
Moins fraîchement sorti, quoique toujours en pleine forme... merci, il y a juste quelques années, de la salle des machines, le constat amiable frise le film d'horreur de la 6ème à la T°.
Vivement, d'ailleurs, que l'évaluation s'intéresse aux lycées !
Dans ce contexte peu réjouissant, il y aurait urgence à repenser de fond en comble la place des « Corps en mouvement » dans l'ensemble du système éducatif français et, bien sûr, la formation des cadres pour la faire vivre : des États généraux mériteraient d'être organisés. Nous sommes, en effet, à des années-lumière d'une motricité, non exclusivement sportive, conçue à la fois comme départ du développement intellectuel et, surtout, comme prélude aux apprentissages scolaires instrumentaux !
En ces temps favorables à l'Écologie planétaire, l'Écologie individuelle est vraiment en péril mais le contexte politique actuel et, sans doute à venir, laisse peu de place à l’espoir d’une révolution copernicienne !
Alors d’ici l’avènement fantasmé d’une Homme ou d'un Femme (désolé, j'ai des difficultés avec la secte du genre !) providentiel à la tête du Pays, prêt à tous les sacrifices personnels pour repenser l’École de la République française et placer les Corps sur l’autel des priorités, que faire ?
Ôtez, en premier lieu, les masques de l'hypocrisie collective et n'attendez pas de nouveaux textes pour avancer ; l'éducation physique et éventuellement sportive ne changera pas par décrets et programmes mais par un fort mouvement collectif de la corporation du terrain pour reprendre en mains les affaires courantes dans chaque unité locale de Vie scolaire ! L'avenir est à une approche plus girondine.
Loin des sornettes didactiques des concours de recrutement qui vous ont lavé le muscle le plus important, le cerveau, et asservi, à une éducation physique des mots et de tous les maux dans l'intimité d'un réel non fantasmé, il va falloir retourner au front avec courage et abnégation.
Le cœur du métier c'est, en effet, l'insupportable odeur de la transpiration, la pluie, le vent, la boue, la chaleur, la fringale, la canicule, la déshydratation, la douleur, la chute, l'insulte, la joie simple de gagner, de se dépasser, de partager des émotions fugaces ....
Se battre localement avec simple bon sens, mesure, humilité, empathie, sens de « l'Inutilité assumée » et, bien sûr, rigueur professionnelle, pour juste mettre les Corps en cadence dans les très maigres espaces de temps offerts sera toujours préférable à cette abjecte prétention ostentatoire d'une bouillie didactique qui, derrière les mots absurdes et abscons des concours de recrutement et des dispositifs de formation, relayés, bien évidemment, par l'abyssal cortège des Ayatollahs planqués dans les différentes strates du Ministère, des lieux de formation et des laboratoires STAPS, néglige l'essentiel.
Avoir choisi exclusivement au milieu des années 60, la voie du sport progressivement travesti, parce que sans la moindre issue au regard des nouveaux publics scolarisés et insuffisante pour justifier une simple présence scolaire, par le burlesque carnaval didactique entourant de prétentieux apprentissages « moteurs » introuvables au regard des répartitions horaires hebdomadaires et annuelles, obligeait à être dramatiquement inaudible pour les décideurs économiques, les collègues, les chefs d'établissement, les familles à un moment donné de l'Histoire. Pire, à être associé, par les médiocres résultats, à toutes les autres disciplines d'enseignement de l'École française : l'isomorphisme scolaire est arrivé à son terme... par l'absurde, malheureusement !
Sortir avec Intelligence du rang et prendre l'Air vont nécessiter un profond travail de remise en question de la corporation et de ses représentants, si tant est qu'il y ait encore des personnalités d'envergure sur le présentoir car le COVID19 a déjà achevé un baccalauréat agonisant, institutionnalisé la mission de Garderie nationale de l'École de la République et dispersera, avec désinvolture et mépris, les cendres de cette éducation physique et sportive inaudible et inefficace.
Vous ne serez jamais, mes chers amis, des professionnels des apprentissages moteurs, d'ailleurs objectivement introuvables dans le contexte de « l'espace-temps » scolaire, mais des professionnels de la relation éducative par le biais de pratiques corporelles vivantes, diverses, originales, métissées, extérieures à la Culture occidentale, inventives et, surtout, éloignées des modèles sportifs vendus, par le marketing des apparatchiks fédéraux qui vont devoir aussi sauver leur peau.
Dans un contexte scolaire qui, avec plus ou moins de pertinence pédagogique en fonction de la prise de distance avec le didactisme ambiant, essaye encore de transmettre des Savoirs entre deux louches de citoyenneté, une cuillère de Vivre ensemble et une pincée de réchauffement climatique, Vous êtes le seul et dernier rempart à la sclérose des Corps à « agiter » en urgence !
Votre souci de conformité a enkysté la valorisation des atouts que vous possédez intrinsèquement pour intégrer dans l'École française, imprégnée d'intellectualisme, quelques dimensions éducatives.
Résister en milieu hostile et faites les bouger par TOUS les moyens car, pour certains élèves, vous êtes la dernière station avant le terminus !




















Commentaires